Zawya ou la renaissance du cinéma d’auteur au Caire

Comme pour les artistes, l’entrée se fait côté jardin, derrière la rue Talaat Harb, dans une allée piétonne. C’est à dire à l’opposé des portes du cinéma Odéon, qui diffuse toujours pour l’essentiel des films égyptiens mainstream et des blockbusters hollywoodiens. Le néon aux couleurs de Zawya, tout comme la voiture garée à côté du café en plein air et sur le pare-brise de laquelle sont diffusées des images de film, confirment au visiteur qu’il est bien arrivé.

Commencé en mars 2014 pour le plaisir de tous les cinéphiles de la capitale, Zawya, qui signifie « perspective », est un projet à l’initiative à Marianne Khoury, nièce du réalisateur Youssef Chahine et gérante de la société de production qu’il a créée, Misr International Films (MIF). Le prix du ticket est volontairement bas (20 livres égyptiennes). Un café agréable, aux tarifs modestes, propose des popcorns dans un décor vintage d’affiches de grands classiques. La salle de 150 places se remplit particulièrement les soirs où un réalisateur est invité à débattre à la fin de la projection. La difficulté, pour l’équipe de Zawya, consiste à convaincre un public peu habitué à fréquenter les festivals de films indépendants, au-delà du centre-ville. Cela a fonctionné, parfois, avec la programmation de films d’auteur égyptiens, comme Al khoroug el nahar, le premier long métrage de la réalisatrice Hala Lotfy. Sorti en 2012, il raconte l’histoire d’une jeune femme qui s’occupe de ses parents malades dans un quartier pauvre du Caire, au rythme d’Oum Kalthoum.

 

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Le premier film projeté dans la salle de Zawya a été le Wadjda de la saoudienne Haifaa al-Mansour, nommé aux Oscars en 2014. Ont suivi entre autres L’image manquante de Rithy Panh, Le passé, d’Asghar Farhadi, et Mommy de Xavier Dolan. Chaque film est à l’écran pour une semaine en moyenne, plus en cas de gros succès, à raison de plusieurs séances par jour (milieu, fin d’après midi et soirée). La programmation respecte une alternance entre films arabes et films européens, documentaire et fiction, long métrage et court métrage.

Malgré le climat de méfiance politique vis-à-vis des grandes institutions culturelles du centre-ville, qui a conduit à la fermeture surprise, fin décembre, par les autorités, de la galerie d’art Townhouse et du théâtre Rawabet, Zawya est jusqu'ici passé entre les gouttes. Et cherche même à développer ses activités. Avec des séances matinales dans d’autres cinémas du Caire, d’abord, destinées à des publics scolaires, mais aussi, depuis l’automne 2015, avec une projection hebdomadaire au cinéma Amir d’Alexandrie, grâce à un partenariat avec les maisons de production locales, Fig Leaf Studios et Rudy’s. C’est le film jordanien Theeb, du réalisateur Naji Abu Nagar, qui y a ouvert le bal, en novembre. L’équipe de Zawya espère transformer l’essai en lieu de diffusion permanente de films d’auteur.

 

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Le projet s’inscrit dans une séquence dynamique pour les films alternatifs en Egypte, avec la naissance il y a cinq ans du Festival du Film Africain de Louxor, sous l'impulsion du scénariste et dramaturge égyptien Sayed Fouad, et le développement depuis quelques années, au Caire, de l’ambitieux Cimathèque, un lieu où expositions, salles d’archives et de projection, sont consacrées au cinéma de la région et d’ailleurs.

 

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Contact

Zawya - Art House Cinema Cinema Odéon, 4 Abdel Hamid Said St off of Talaat Harb St. Downtown, Cairo 01283200888
© Photos de l'article : Zawya FB Cinema Facebook

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