L’art du taoula

La tradition actuelle consiste à jouer au taoula dehors, entre amis, accompagné d’une chicha et d’un café turc ou d’une infusion à l’hibiscus (karkadé). C’est notamment le combo gagnant des jeudis soirs, première soirée de week-end en Egypte, à la veille des vendredis consacrés à la mosquée et à la famille. Tout ahwa (café) qui se respecte prête gracieusement les jeux de taoula à ses clients. Rares en tout cas sont ceux qui n’en ont pas quelques-uns en stock. Certains cafés ont des côtes plus hautes que d’autres en matière de taoula, et si vous voulez jouer entourés d’amateurs respectables, alors il faut ouvrir l’œil. C’est le cas du café Bashandi, dans le quartier de Mounira, où l’on joue même les soirs de match.

Des dés et des hommes

Plutôt masculin, étant donné la surreprésentation des hommes dans les lieux publics en Egypte, le taoula est joué avec la même passion par des Égyptiens de toutes générations. Même les jeux vidéo n’ont pas réussi à détrôner celui qui incarne, pour les joueurs, un pan important de la vie sociale, et un pilier de la vie culturelle égyptienne.

Jeu de chance ou de stratégie ? Le débat divise les adeptes. L’objectif est simple, il s’agit de sortir tous les pions du tablier le premier, en évitant de rester bloqué par ceux de l’adversaire. Le dé seul régissant les avancées des pions, on peut croire, à tort, le taoula pur jeu de hasard. Mais comme les joueurs les plus réputés de wust-el-balad aiment à s’en vanter, il existe des techniques élaborées pour jeter les dés et obtenir à chaque coup le chiffre voulu. Les gagnants nient en général qu’il s’agit seulement de chance. Les autres déplorent qu’elle n’est pas de leur côté.

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Aux origines du jeu

Une découverte archéologique récente situe la naissance du taoula du côté de l’Iran, et certains joueurs contemporains perpétuent la tradition en utilisant la manière de compter iranienne pour lire les dés : yak pour 1, due pour 2, sah pour 3, jihar pour 4, etc. Depuis, les versions ont essaimé dans la région. Taoula se dit tavli en grec, tavla en turc, ou encore tavlen en arménien.

Une ligne directe peut être tracée depuis l’Egypte ancienne jusqu’aux cafés d’Égypte aujourd’hui, grâce au senet, un jeu de table très populaire chez les Égyptiens du Nouvel Empire. Ses règles sont un peu différentes de ses contemporains, le petteia grec ou les latroncules romaines, citées dans quelques vers d’Ovide. (Parmi les empereurs adeptes du jeu de table, on compte sans surprise Néron, contre lequel il ne devait pas être envisageable de gagner). De la popularité du senet, il reste des traces importantes : d’abord, une peinture dans la chambre mortuaire de Néfertari, l’épouse de Ramsès II, représentant la reine en train de jouer. Ensuite, une quarantaine de ces jeux de table dont certains exemplaires sont exposés dans les musées de Haute Egypte et du Caire.

 

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Pour un souvenir original à rapporter d’Egypte, de très beaux tabliers de taoula sont à retrouver dans les allées de l’immense Khan el-Khalili au Caire. En bois simple et bon marché, ou orné de fine marqueterie, peinte à la main, toute la gamme du taoula est disponible, du taoula populaire des cafés, à l’objet d’ornementation et de luxe. Il existe même sous la forme d’élégantes tables pliantes, à emporter partout avec soi.
© Photo principale : Surfing The Nations, © Photo de l'article : n°2 Rom, n°3 Isabelle Mayault

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