La revue de bande dessinée Tok Tok, interview avec Shennawy, son fondateur

C’est la revue qui monte, qui monte, qui monte. Baptisée Tok Tok en hommage à ces rutilants trois roues, moins chers que les taxis et plus confortables que les minibus, qui sont le moyen de déplacement favori pour les courtes distances au Caire, Tok Tok est née de la réunion de cinq jeunes dessinateurs égyptiens, Shennawy, Makhlouf, Andeel, Hicham Rahmah et Tawfik.

Lancée le même mois qu’a surgi la révolution égyptienne, en janvier 2011, son anniversaire n’est pas un accident car sous la plume poétique de ses auteurs, perce aussi le doux sarcasme vis-à-vis des petits combats du quotidien qu’oblige à affronter la vie au Caire. Embouteillages, harcèlement sexuel, service militaire… tout y passe. Engagée artistiquement plus que politiquement ? A la veille du festival CairoComix, son créateur, Shennawy, revient depuis Bruxelles, où il réside désormais, sur ce que TokTok a changé dans le paysage de la bande dessinée égyptienne, et arabe.

Portrait de Shennawy
Portrait de Shennawy

Pourquoi ce nom, Tok Tok ?

On a pensé à plusieurs noms, mais l’idée était de trouver un nom qui soit lié à la rue. Finalement, on a choisi TokTok : ça sonne bien, c’est facile à écrire, de s’en souvenir, et surtout, c’est beau comme logo !

D’après Andeel, l’un des cinq fondateurs de la revue, tu es « celui qui a orchestré tout le truc ». Comment t’est venue l’idée ?

Parmi les dessinateurs du Caire, il y a toujours eu l’idée de faire un livre collectif, mais personne ne voulait prendre la responsabilité de l’éditer !

Pour moi, l’idée était claire : commencer avec l’identité visuelle d’abord, une maquette de couverture, et un logo, notamment, pour inspirer les dessinateurs quand on leur proposerait de participer au projet. Ça nous a aussi aidés à  identifier la ligne éditoriale de la publication, qu’on a ensuite amélioré avec le temps.

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Comment la revue est-elle financée ?

J’ai financé les cinq premiers numéros avec mes collègues. Après ça, on a cherché des financements culturels, comme l’UE et les centre culturels. Pour une année ou pour un seul numéro.

Six ans après son lancement, qu’est ce que la revue vous a apporté à tous les cinq ?

… Des copines parfois ! Plus sérieusement, ça a permis de créer une scène indépendante de bande dessinée au Caire. La prochaine étape, c’est de sortir des albums individuels de chaque dessinateur et de faire connaître leur travail de création au-delà de l’étiquette « Tok Tok ».

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Est-ce que Tok Tok a inspiré des projets ou initiatives dans d’autres pays arabes ?

Ça a inspiré d’autres groupes ailleurs, comme en Tunisie et au Maroc, pour lancer le même genre de projet. Maintenant, on a aussi le festival CairoComix au Caire qui réunit chaque année tous les auteurs égyptiens avec des auteurs du monde entier, pour échanger sur leurs expériences.

Comment tu définirais la ligne éditoriale de la revue ? Est-ce que tu dirais qu’il s’agit d’une revue engagée ?

Oui, c’est une revue engagée, mais pas forcément politiquement ! Je dirais qu’elle est engagée au niveau artistique, qui est très important, et au niveau social, pour casser les tabous et avoir un autre regard sur notre société.

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Est-ce que c’est toujours possible de faire Tok Tok en Egypte aujourd’hui ?

Oui, c’est possible. Il existe beaucoup de défis pour sortir un numéro, ou même pour voyager avec les magazines en dehors du Caire, mais ça fait parti de notre aventure ! On échange aussi les copies avec nos collègues d’autres pays arabes, au Liban, en Tunisie et au Maroc. Ça nous évite de passer par les réseaux de diffusion traditionnels.

© Photos de l'article : TokTokMag

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