Hoda Sharawi : la première féministe égyptienne

Issue de l’une des grandes familles de la bourgeoisie égyptienne, Hoda Sharawi (1879-1947) est une pionnière du féminisme égyptien, mais aussi du nationalisme arabe. Elle est devenue à juste titre une figure iconique en matière des droits des femmes dans la région et, plus d’un siècle après sa naissance, reste une référence inégalée dans ce domaine. Une rue du centre-ville du Caire porte désormais son nom.

Son enfance

Fille d’un notable de la région de Minya, un modeste chef de village devenu député, et d’une mère circassienne, elle perd son père à cinq ans. Elle grandit alors au sein d’un harem entourée de son jeune frère Omar, de sa mère, de la coépouse de son père, et de leurs domestiques. À 12 ans, on l’oblige à épouser Ali, un cousin qui est aussi le tuteur de son frère, pour sauver les terres qu’elle a héritées de son père. Beaucoup plus âgé qu’elle, il a déjà trois filles d’un précédent mariage. Hoda accepte à condition qu’il renonce à celui-ci. Mais l’union ne fonctionne pas et Hoda retourne vivre dans le harem pendant quelques années, jusqu’à ce que finalement, sous la pression de son frère Omar, Hoda accepte de vivre maritalement avec Ali. On retrouvera plus tard parmi ses thèmes de prédilection des motifs venus tout droit de cette enfance atypique, réservée aux femmes de l’élite : égalité des sexes, droit à l’éducation, condamnation du mariage précoce, de la polygamie.

 

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Les prémices de ses combats

C’est à Minya que commence le rayonnement de Hoda et ses ambitions pour l’Égypte. Elle y entreprend d’y faire construire un dispensaire ainsi qu’une école dédiée à la puériculture et à l’hygiène domestique. Mais Hoda trouve le contact difficile avec la communauté et décide de s’attaquer à ce qu’elle connaît le mieux : le Caire. Là, elle fonde la Société de la femme nouvelle, consacrée à l’alphabétisation des jeunes femmes des milieux populaires, et qui propose des formations à l’artisanat.

Omar et Ali sont décisifs dans la politisation de Hoda, Ali étant l’un des fondateurs du parti nationaliste Wafd, partisan de l’indépendance de l’Égypte. Mais c’est seulement après la mort de son mari que Hoda accomplira ses faits d’armes les plus mémorables. La lutte pour l’indépendance de son pays deviendra l’un de ses plus grands combats. En 1919, elle organise des marches de femmes dans le centre-ville du Caire pour s’opposer à l’occupation britannique. Ces marches sont restées célèbres, Hoda n’hésitant pas à s’opposer directement aux forces de l’ordre en présence.

 

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Ses grands combats

L’image la plus connue de Hoda Sharawi reste celle de son retour au Caire depuis un congrès féministe à Rome. Accueillie à la gare par des supporters, elle a ôté son voile, l’accessoire alors indispensables des femmes de la haute société (à l’époque, les femmes des classes populaires n’en portaient pas). Ses combats politiques n'ont cessé de croître en nombre et en intensité jusqu’à la fin de sa vie. Hoda participe à des conférences internationales, et devient rapidement la déléguée de son pays à l’Alliance Internationale des Femmes (AIF), avec pour objectif affiché que l’Egypte devienne membre de la Société des Nations (ce qu’elle deviendra en 1937).

En 1920, Hoda est nommée présidente du Comité central des femmes du Wafd, et participe à la création de la Banque Misr, première banque nationale égyptienne. En 1925, elle crée L’Egyptienne, une revue en français qui devient rapidement une plateforme pour faire passer ses opinions politiques. La rédaction se fait chez Hoda, rue Kasr-el-Nil, avec une équipe composée de talentueuses, et impétueuses, amies.

Une douzaine d’années plus tard, le groupe lancera Al-Misriyah et, bien que le titre signifie littéralement LÉgyptienne, le contenu se voudra plus grand public, afin de toucher le plus grand nombre possible de femmes arabes sur des sujets, là encore, politiques. Hoda Sharawi meurt au Caire, en 1947, de maladie. Si son cercle d’amies proches a essayé de poursuivre son œuvre après sa disparition, l’arrivée de Nasser au pouvoir quelques années plus tard a constitué un coup d’arrêt au militantisme féministe en Egypte.

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©Photos de l'article : Editions Rowayat 

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