Des grands projets… dans les cartons ?

Nous avons déjà évoqué sur ce blog l’Égypte des grands projets, telle que pensée par Nasser ou l’actuel président Sissi : du barrage d’Assouan à un dédoublement du canal de Suez, rien ne semble jamais ni trop coûteux, ni trop ambitieux pour l’Égypte. Parfois, comme ça a été le cas pour les récents travaux du canal de Suez, les temps records impartis pour boucler le chantier sont miraculeusement respectés et le projet qui ressemblait tant à un effet de manches politique voit finalement le jour. Mais souvent, les projets restent à l’état de projet. Qu’en est-il des plus extravagantes idées évoquées ces dernières années ? En voici une liste non-exhaustive.

Une nouvelle capitale

Oui, comme la Turquie, l’Inde ou le Brésil au siècle dernier, les dirigeants égyptiens espèrent régler tous les problèmes de congestion, de pollution et d’embouteillages du centre-ville dont les habitants se plaignent à longueur de journée non pas en s’attaquant au plan urbain et en mettant en place une politique de transports publics qui fasse baisser le nombre d’utilisateurs de voitures mais… en créant ex-nihilo une capitale administrative dans le désert, toute neuve, toute propre.

L’ambition faisait sourire jusqu’à ce que la Chine annonce, il y a quelques jours, son soutien financier au projet. Sur les 45 milliards de dollars nécessaires à sa réalisation, la super puissance pourrait bien en allonger les deux tiers. Voilà qui verse de l’eau au moulin d’El Sissi, le président dictateur, qui a annoncé que cette nouvelle ville, pour l’instant sans nom, serait « douze fois plus grande que Manhattan, et trois fois plus grande que Washington » mais respectueuse de l’environnement aussi, avec des bâtiments qui produisent leur propre énergie.

Ce sont d’abord toutes les institutions officielles qui sont visées : palais présidentiel, ministères, ambassades étrangères, grandes universités. Dès 2017, les 30.000 fonctionnaires de la honnie Mogamma, chantre de l’administration égyptienne qui domine la place Tahrir de tout le poids de son architecture soviétique, seront transférés dans la nouvelle capitale, assure t-on, tandis que la Mogamma historique sera transformée en hôtel. Les mauvaises langues y verront une tactique géostratégique pour éviter aux éventuels rassemblements populaires de trop se rapprocher des centres de pouvoir, puisque la nouvelle ville devrait être construite à quelques dizaines de kilomètres du centre-ville du Caire, dans le désert.

Pourtant, elle vise à accueillir quelques 5 millions de personnes dès les premières années, et jusqu’à 40 millions d’ici à 2050 ! Là encore, les mauvaises langues rappelleraient l’échec des villes nouvelles que Moubarak a faites construire dans le désert pour désengorger la ville, à l’intention de classes moyennes huppées. Certaines familles, attirées par un « american way of life », ses « gated communities », ses centres commerciaux, ses lots de maisons identiques, ont tenté l’aventure, mais ces villes nouvelles sont pour la plupart restées très vides, le manque d’emplois étant plus décisif que la qualité de l’air.

Plus d'infos sur le site dédié au projet

Le musée sous-marin d’Alexandrie et la reconstruction du phare

 Le même enthousiasme stakhanoviste prévaut dans le domaine artistique. Puisque le tourisme a beaucoup ralenti avec les crises politiques successives qui ont secoué le pays depuis 2011, il faut trouver des arguments pour le faire remonter et des arguments, l’Egypte n’en manque pas. Évoqué dès 1996, le projet de musée sous-marin d’Alexandrie semble revenu au goût du jour depuis que le français Jacques Rougerie, connu pour ses travaux d’architecture sous-marine, ou hydraulique, avec notamment à son actif l’Océanopolis de Brest et la piscine Molitor de Paris, en a pris la direction, en 2008.

Simple mais ambitieuse, l’idée consiste à construire un musée sous l’eau, à sept mètres de profondeur, afin de montrer au public des vestiges d’anciens temples, et de reliques. Car c’est au fond de la baie d’Alexandrie que repose le palais de Cléopâtre et avec lui, les restes de la ville antique, et mythique, dessinée par Aristote et construite par Ptolémée. Là encore, le coût estimé à 150 millions de dollars ne semble pas un problème pour les autorités égyptiennes, qui brandissent comme solution le cofinancement de l’Unesco et de plusieurs pays amoureux d’archéologie. S’il n’y a pas de date officielle pour l’ouverture du musée, dont le site comprendrait également une reproduction du phare d’Alexandrie, mais encore une école d’archéologie sous-marine, le problème principal, aujourd’hui, reste l’opacité des eaux polluées de la baie qui pourrait mettre en danger l’attrait principal du site.

Plus d'informations sur la page dédiée au projet sur le site de l'Unesco

Le Grand Musée égyptien

L’idée, évoquée depuis une décennie, a d’abord été portée par le ministre de la culture égyptienne Farouk Hosny au début des années 2000, qui souhaitait voir dans son pays le plus grand musée du monde. Ce musée promet de mettre à profit toutes les collections antiques conservées dans des entrepôts, qui n’ont pas trouvé leur place dans le giron du poussiéreux musée national du Caire, reconnaissable à sa carcasse rose, place Tahrir. Mais la date d’inauguration ne cesse d’être retardée : 2017, 2018, puis désormais 2022.

Le chantier de ce projet à un milliard de dollars a néanmoins commencé, dans le désert, aux abords des pyramides de Gizeh. 5000 ouvriers y travaillent quotidiennement. Y seront exposés 100 000 objets et à l’entrée, les visiteurs seront accueillis par une immense sculpture de Ramsès II. Avec cette collection massive, et une architecture ambitieuse, le Grand Musée égyptien entend concurrencer le Louvre et le British Museum. En toute simplicité.

Plus d'informations sur le site dédié au futur musée
© Photo principale : Carmen-gb / Flickr

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